Interview de Guillaume BOULOUFFE, technicien automobile et moto

À 23 ans, Guillaume BOULOUFFE a déjà passé six années en alternance à Technopolys. Du CAP au bac professionnel, de la mécanique automobile à la moto, il a construit son parcours pas à pas, au plus près du terrain. Aujourd’hui technicien en concession, il nous ouvre les portes de son quotidien : diagnostic, réparations, défis techniques et exigences physiques. Un témoignage sincère sur un métier passion, exigeant mais profondément formateur.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Je m’appelle Guillaume BOULOUFFE, j’ai 23 ans et j’ai passé six ans à Technopolys en alternance. J’ai commencé par un bac professionnel en mécanique automobile sur trois ans. Ensuite, j’ai poursuivi avec un CQP en un peu plus d’un an, toujours dans le domaine de la voiture. Puis j’ai décidé d’élargir mes compétences en réalisant un second bac professionnel, cette fois en mécanique moto.
Mon parcours s’est donc construit progressivement, toujours en alternance, avec une vraie volonté d’apprendre sur le terrain. Aujourd’hui, je suis technicien en concession.
En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?
Le métier de technicien consiste à entretenir les véhicules, les diagnostiquer et les réparer en cas de problème. En résumé, nous sommes à la fois les médecins généralistes et les chirurgiens de l’automobile.
Si je dois décrire une journée type, elle commence par un point avec le chef d’atelier. On regarde les véhicules prévus et les interventions à réaliser. Ensuite, on démarre avec la première voiture. Il peut s’agir d’un simple diagnostic ou d’une révision.
Un diagnostic peut prendre une heure si le problème est simple, mais parfois toute la matinée si la panne est plus complexe. Il arrive aussi que des clients viennent pour une révision et signalent un souci supplémentaire. Dans ce cas, il faut chercher l’origine du problème avant de commencer l’entretien classique : vidange, changement des filtres, inspection générale du véhicule.
Une fois le diagnostic posé, les pièces à remplacer sont identifiées. En concession, ce n’est pas moi qui réalise les devis : le magasinier s’occupe de chiffrer les pièces et le réceptionnaire ou le chef d’atelier estime la main-d’œuvre avant de transmettre le devis au client. En revanche, pour des cas techniques, je travaille avec le magasinier pour identifier précisément les pièces nécessaires, parfois avec des éléments annexes comme des joints ou des vis spécifiques. Sur des véhicules anciens, on anticipe aussi les imprévus liés à l’usure.
Les journées sont très variées : parfois cinq ou six révisions dans la même journée, parfois de gros chantiers comme un remplacement de boîte de vitesses, une intervention moteur ou des travaux sur les suspensions.
De plus, j'ai eu via mon entreprise actuelle une formation pour les véhicules électriques. C'est un aspect très différent du métier très intéressant. Beaucoup plus procédurier, plus dangereux aussi, car bien que les interventions en elles-mêmes soient assez simples, l'électricité étant invisible, les risques se multiplient.
Quelles sont, selon vous, les qualités essentielles pour exercer ce métier ?
La première qualité, c’est la patience. Il faut vraiment s’intéresser à ce que l’on fait et, idéalement, être passionné. J’ai travaillé avec des personnes qui n’étaient pas forcément passionnées : si elles s’investissent, cela peut fonctionner, mais sans intérêt réel pour le métier, cela devient vite compliqué à vivre.
C’est un métier physique et parfois usant, mentalement aussi. Par exemple, remplacer une boîte de vitesses sur un gros 4x4 ancien peut devenir un vrai défi : vis grippées, pièces difficiles à démonter… Il faut savoir garder son calme.
Il faut également faire attention à son corps, surtout à son dos. Quand je suis entré en apprentissage, j’étais mince, avec peu de musculature. J’avais déjà quelques douleurs dorsales. Avec le temps, le métier m’a renforcé, mais je conseille vraiment de se muscler en parallèle, notamment le dos, et d’adopter de bonnes postures. Les problèmes de dos peuvent durer toute une vie. Mieux vaut prendre de bonnes habitudes tôt pour éviter de se retrouver bloqué à 35 ans.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Ce qui me plaît le plus, c’est de travailler sur des véhicules. Je suis passionné de voitures depuis toujours. Que ce soit pour changer des plaquettes de frein ou résoudre un diagnostic complexe sur un système peu courant, j’y trouve de l’intérêt.
Chaque journée est différente, même si parfois on ne choisit pas toujours les interventions. Le côté technique, la recherche de panne, la compréhension du fonctionnement d’un système, tout cela est très stimulant.
Pouvoir intervenir sur des véhicules plus spécifiques, comme des sportives, est aussi très motivant. Et les échanges avec des clients passionnés, amoureux de leur voiture, sont particulièrement enrichissants.
J’apprécie également le fait d’accompagner les apprentis. Ayant moi-même connu un apprentissage difficile, j’aime aujourd’hui transmettre différemment. Me mettre à leur place, leur montrer qu’on est passés par les mêmes étapes, et les voir progresser grâce aux conseils donnés, c’est très gratifiant.
Si un jour je devais quitter l’atelier, j’aimerais d’ailleurs devenir formateur.
Et quel est votre plus grand challenge ?
Le plus grand challenge, c’est le temps. Il faut sortir les véhicules dans les délais. Quand il y a des imprévus, notamment sur des véhicules anciens, le planning peut vite se compliquer. Et le lendemain, d’autres voitures attendent. Il faut donc être efficace tout en restant rigoureux.
Que vous a apporté votre parcours en alternance et votre formation à Technopolys ?
L’alternance est essentielle dans un métier manuel comme celui-ci. La théorie seule ne suffit pas. Il faut apprendre sur le terrain, aux côtés de professionnels expérimentés, et découvrir le monde du travail.
Durant mon parcours, j’ai travaillé en concession, mais aussi dans un petit garage moto où le patron travaillait seul. Là, je faisais tout : les réparations, les devis, les appels clients, la prise de rendez-vous, la facturation. C’était beaucoup plus complet et très formateur.
À Technopolys, j’ai acquis toute la base théorique. Avoir plusieurs formateurs permet aussi de confronter différents points de vue, parfois paradoxaux, mais cela aide à construire sa propre réflexion.
La théorie est indispensable. Sans elle, on devient seulement un “changeur de pièces” : on remplace sans comprendre. Avec la théorie, on comprend comment fonctionne un système, pourquoi il est en panne et comment intervenir correctement. Le diagnostic repose en grande partie sur cette compréhension.
Je me suis toujours senti suivi à Technopolys. Les formateurs étaient disponibles et bienveillants, ce qui est important, surtout en alternance où l’on partage son temps entre l’école et l’entreprise.
Quel conseil donneriez-vous aux futurs diplômés ?
Je dirais avant tout : prenez soin de votre dos. Musclez-le, travaillez votre posture. C’est un pilier du corps et, dans un métier où l’on est debout toute la journée, c’est essentiel.
Ensuite, investissez-vous vraiment. Apprenez sur le terrain, observez les anciens, posez des questions. Même si l’environnement peut être exigeant, cela prépare à la réalité du métier.
Enfin, gardez en tête que c’est un métier passion. Il est exigeant, parfois physique, parfois stressant, mais il apporte aussi beaucoup de satisfaction quand un véhicule repart en parfait état.
Souhaitez-vous nous partager une anecdote ?
À Technopolys, nous avions organisé une petite blague collective pour le départ d’un ancien médiateur. Avec l’accord d’un formateur, nous avions chacun préparé quelque chose.
Certains étaient entrés dans son bureau sans prévenir et, avec quelques camarades, nous étions passés devant sa fenêtre comme au drive d’un fast-food pour récupérer une “commande” que les autres nous avaient fait passer depuis son bureau.
D’autres avaient entouré sa voiture de papier toilette et de cellophane. Sur le moment, il a râlé un peu, mais il l’a finalement bien pris. Cela reste un très bon souvenir. Ce sont aussi ces moments-là qui marquent un parcours.
